C-Webb, Fab Five et Sac-King
Une passe dans le dos à destination de Vlade Divac qui coupe sous l’arceau, 2 points pour le Yougoslave – à l’époque – et Sacramento qui se balade. C’est une action magnifique mais presque banale qui pourrait ressembler à tant d’autres actions des Kings du début des années 2000.
Celui qui a fait cette passe, Chris Webber, en est le meilleur symbole.
Lycée + université = succès
Formé au Detroit Country High School, il est élu meilleur lycéen du pays en 1991. Il tournait à l’époque à 30 points et 13 rebonds par match. Non seulement il obtient le titre de Mr Basketball dans le Michigan, mais il est aussi nommé MVP des All-Star Games McDonald’s et Draper Dan. Il est trois fois champion d’état, en trois ans de lycée, ce qui constitue déjà un beau palmarès à 18 ans.
Il est à l’époque le joueur le plus observé par les scouts de la région de Detroit et de l’état du Michigan depuis… Magic Johnson.
Du coup, il s’engage avec l’Université du Michigan. Pendant deux ans, il fera partie d’une des plus belles et des plus discutées équipes universitaires de l’histoire, avec Jalen Rose, Juwan Howard, Jimmy King et Ray Jackson, tous tout juste rentrés en 1991.
Deux finales NCAA, deux défaites, mais des parcours extraordinaires qui firent des joueurs de Michigan des stars nationales avant même une quelconque signature pro.
Après leur recrutement en grande pompe à l’été 1991, tous les joueurs participèrent au premier match de la saison en décembre, mais le 5 ne fut réellement constitué en février 1992, quand tous furent alignés en même temps contre Notre-Dame. Bilan de ce premier match, le starting five scora tous les points de Michigan.
Après avoir débuté 304 des 350 matchs des Wolverines, l’histoire de C-Webb avec UM se termina sur un échec embarrassant.
À 11 secondes de la fin de leur deuxième finale universitaire, Michigan est mené de 2 points par North Carolina. Webber récupère la gonfle, demande temps mort. Manque de bol – et de concentration -, ce n’est plus possible, tous les temps-morts ayant déjà été pris. Faute technique, lancé pour North Carolina, défaite de Michigan, honte de Webber, qui, voulant trop bien faire, a sabordé la destinée de son équipe.
« Magic, deuxième ! » et Playoffs
Il se déclare à la draft 1993, et est sélectionné en première position par la toute jeune franchise d’Orlando. Là encore, il suit les traces de Magic Johnson car il est le premier sophomore a être 1er choix de draft depuis le meneur des Lakers. Mais il n’a pas le temps de poser ses valises en Floride, car il est envoyé à Golden State en échange de Penny Hardaway et de trois premiers tours de draft. C’est donc le maillot des Warriors que C-Webb portera lors de sa première année.
Franchise maudite, Golden State retrouvera les Playoffs grâce à son rookie en état de grâce. 17,5 points et 9 rebonds par match pour une première année généralement compliquée, c’est suffisant pour remporter le titre de Rookie Of The Year.
Pourtant, il est en conflit total avec Don Nelson – récemment élu au Hall Of Fame – car il souhaite jouer vite et à l’aile. Mais Nelson l’utilise au poste et comme pivot, après avoir récupéré Ronny Seikaly. Avec peu d’alternatives, Golden State et C-Webb se mettent d’accord pour que la star utilise son option de départ dès la fin de sa première année, et organisent un sign-and-trade avec Washington. Golden State ne retournera en Playoffs qu’en 2007. Soit 13 ans après.
C-Webb est transféré contre Tom Gugliotta. Et à Washington, il y a le même effet Webber. Et oui, les Bullets retrouvent eux aussi les Playoffs en 1997, Playoffs qu’ils avaient abandonné 9 ans auparavant. La chance de Webber ? Retrouver son vieil ami Juwan Howard pour reformer une raquette compétitive. Après une saison 1995-96 pourrie par les blessures (il ne joue que 15 matchs), Webber rebondit parfaitement et découvre le All Star Game en 1997 en remplacement de Pat Ewing. À ses côtés, Jordan, Pippen, Hill, Rice, Mutombo, Dumars, etc.
Mais à Washington, les choses se gâtent encore avec le staff et le board. Il est envoyé à Sacramento en 1998 en trainant les pieds. Les Kings sont une équipe de losers depuis quelques années. Mais Washington ne jouera plus les Playoffs avant 2005. 9 ans après le départ de C-Webb.
À Sacramento en revanche, les choses vont changer. Encore une fois.
Dès l’arrivée de Webber, les Kings signent Peja Stojakovic, Vlade Divac, et le jeune rookie Jason Williams. La première année est raccourcie (saison lockout) mais Webber arrive à choper 13 rebonds par match, et le titre de meilleur rebondeur. Toujours bon à prendre comme trophée.
Arbitres, trucages et passes avec le coude
Tout le jeu de Sacramento sera basé sur le jeu de passe et de transition. Avec Webber et Divac, les Kings possèdent l’une des meilleurs raquettes de la ligue, certainement celle qui a les meilleures mains. Passes, contrôle de la balle, mouvements techniques, défenses et rebonds, tout est bon et les deux joueurs se complètent parfaitement.
Avec eux, Peja peut balancer ses bombes longues distances. Surtout, Jason Williams s’amuse comme un petit fou. Le meneur est certainement le joueur avec le plus d’imagination à cette époque, et invente même un passe réalisée avec.. le coude ! Jon Barry, Nick Anderson ou Corliss Williamson complètent les rangs.
Tout est réuni pour que les Kings grimpent rapidement vers les sommets. Le public suit, la ville aussi. Rick Adelman et son assistant, Pete Carril, mettent en place la « Princeton Offense ». Quelques critiques viennent pourtant à l’encontre de ce style. Pas de défense, disent certains. « Flash-over-substance » pour d’autres. Du spectacle mais pas de niveau, de manière générale.
Et pourtant. Pourtant, les Kings vont en Playoffs, et acquièrent l’expérience nécessaire à tout futur candidat, expérience qui leur manquait jusque là. Utah et les Lakers leur font la misère en 99 et 2000, respectivement. Expérience donc, mais aussi jeu dur, clutch-scoring, voilà ce que les Kings ont appris à gérer ces deux premières années.
En 00-01, Webber enregistre la meilleure saison de sa carrière. Il sort de deux nouveaux All Star Games, et a même fait la couverture du jeu NBA Jam. 27.1 points, 11.1 rebonds, 4e au classement MVP. Il sera élu dans la première équipe All-NBA pour la première et seule fois de sa carrière.
En 2002, après avoir signé un contrat de 7 ans et 127 millions de dollars avec Sacramento, Webber ne joue que 54 matchs, mais retourne au All Star Game.
En même temps, il est suspendu 8 matchs par la NBA et est même rayé de ses records par l’Université du Michigan. La cause, un remboursement bien onéreux versé à Ed Martin. Webber ment lors du procès, avant de se rétracter et de plaider coupable dans une affaire de paris. Affaire qui tourne en fait à la découverte de prêts distribués par Martin, booster de UM, à 4 joueurs en devenir, dont Chris Webber – prêts versés depuis la 4e, et les 14 ans de Chris.
Il aide surtout cette saison ses coéquipiers à devenir champions de division et d’atteindre un ratio de 61v. – 21d. C’est l’année de toutes les controverses. En finale de conférence, les Kings mènent 3-2 contre les rivaux de Los Angeles, les Lakers de Shaq & Kobe. Ils sont à une victoire de la finale NBA. Mais le match 6, à LA, ne se passe pas comme prévu. Plusieurs décisions arbitrales controversées – notamment sur un coup de coude de Kobe sur Mike Bibby, le King étant pénalisé à la place du Laker.
Quelques années plus tard, Tim Donaghy, arbitre de la rencontre, avouera dans son livre que ce match était bel et bien truqué par la ligue. Scandale, enquête, rien ne va au bout. Les Lakers gagnent le game 7 à Sacramento et vont en Finale. Ils seront champions.
C’est le début d’une pente douce. Si la saison suivant, Webber continue de s’éclater, et d’être encore élu au ASG, il se blesse et doit rester près d’un an sur le flanc. Jusqu’en 2005, il jouera 23 match, perdant en stats, mobilité, athlétisme, vitesse et équilibre.
Sacramento le transférera aux 76ers avec Bradley et Matt Barnes, en échange de Kenny Thomas, Brian Skinner et Corliss Williamson. Autant dire que C-Webb est bradé.
Il jouera 2 ans à Philadelphie, avec Allen Iverson. En 2006, il finit avec 20.2 points et 9.9 rebonds, laissant entrevoir un petit espoir de titre. Mais non. Après une nouvelle embrouille, il rachète la fin de son contrat aux Sixers et signe pour 33 match à Detroit. Échec. Quand il veut revenir à Golden State pour y finir sa carrière, échec. Les causes, un genou encore douloureux, un nombre de matchs limités, un apport dans le jeu proche de 0.
Chris Webber fait partie de ces joueurs qui n’ont jamais été champions. Étonnament, ils sont pour la plupart power forward. Barkley ou Malone sont les meilleurs joueurs sans titre d’ailleurs.
Pourtant, il a marqué toute une génération. Son maillot #4 a été retiré en 2009 à Sacramento.
La toile de C-Webb est désormais bien établie au panthéon NBA.






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