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Jason Kidd, l’homme patient

Posted by Poster On septembre - 26 - 2012

Quand Jason Kidd prendra sa chaise, avant de s’assoir tranquillement devant une centaine de journalistes, pour sa dernière conférence de presse, les hommages afflueront.

Ils viendront de Californie, du Texas, d’Arizona, des États-Unis et du monde entier fait d’amateurs NBA. Ce ne sera pas un vol, tant le parcours de ce meneur de génie, bien que parsemé d’embûches, est exemplaire.

Né en Californie et élevé à Oakland d’un père afro-américain et d’une mère d’origine irlandaise, Jason attire très rapidement l’oeil des recruteurs du pays avant de choisir le lycée qui devrait le mener vers une belle carrière universitaire. Mais le basket a autant compté au début que le soccer – notre football – ou le baseball pour lesquels Kidd était déjà très doué.

Jusqu’à sa signature à New York cet été, Jason Kidd a grandi, muri, s’est trompé, s’est même affiché à la une des journaux, mais Jason Kidd a eu tout le temps de montrer toute l’étendue de son talent et de son sens du jeu.

Dès sa première année à Berkeley, après deux excellentes saisons à St Joseph Notre Dame, un lycée d’Oakland qu’il a mené au titre deux fois, Kidd surprend. Il surprend déjà parce qu’il était scouté par les plus grandes facs US. Arizona lui avait fait une offre – non officielle. Kentucky, Kansas et Ohio State s’était alignés.

Pourquoi Berkeley ? La prestigieuse fac de San Francisco sortait d’une saison à 10 victoires pour 18 défaites. Mais Kidd n’a jamais voulu quitter le foyer ni la région où il a grandi. Bon choix, car il est élu Freshman Of The Year – « meilleur première année » – et est même dans la All Pac-10 Team avec son coéquipier Danny Anderson, lui aussi première année.

Lors de la March Madness, Kidd aide Cal Basketball à battre Duke, mais ne peut rien au Sweet 16 contre Kansas.

C’est lors de ses années d’université que Jason Frederick Kidd va commencer à montrer tout ce qu’il est capable de faire: passes (220 la première année), interceptions (110 la première année, record national), points (13 puis 16,7 les deux saisons de basket universitaire). Pourtant, si sa classe le menait vers les sommets indivuels – son maillot #5 a été retiré par Cal, et il a été proposé comme meilleur joueur universitaire cette année là, étant élu à la First-Team All-American – la détresse collective de Berkeley était criante: Cal Basketball fut sorti au 1er tour par Wysconsyn (61-57).

En 1994, il se présente à la draft NBA, après deux ans qui ont creusé sa faim de trophées collectifs. Dallas le sélectionne à la deuxième place, derrière Glenn Robinson, tout juste sorti de Purdue et selectionné par Milwaukee. Les Bucks offriront à Glen un contrat de 10 ans et 68 millions de dollars d’ailleurs. Juste derrière Kidd, Grant Hill à Detroit, puis Juwan Howard, Eddie Jones, Jalen Rose ou Yinka Dare, pas forcément dans l’ordre. Une belle promo 94.

D’ailleurs Grant Hill partagera les honneurs avec Kidd à la fin de leur première année. Jason finissait sa Rookie Year au top du classement des triple-doubles quand il reçut le trophée de meilleur Rookie, qu’il partagea donc avec Grant Hill. Ses stats ? 11,7 points, 7,7 passes et 5,3 rebonds par match. Les Mavericks gagnèrent 23 matchs de plus que l’année précédente (13 -> 36) avec Jamal Mashburn, Scott Brooks, Popeye Jones, Jim Jackson, entre autres. Équipe jeune et offensive, les Mavs scorent 107 points par match, mais en encaissent 110.

Malgré sa présence au All-Star Game en 1996, à San Antonio, aux cotés de Barkley, Kemp, Olajuwon et Drexler comme starter (!) à l’Ouest, Dallas transfert le jeune meneur très prometteur pour Michael Finley, Sam Cassell et A.C. Green et l’envoie à Phoenix.

Là-bas, Kidd continue sa progression. Il domine largement la ligue en terme de passes décisives, et enchaine les triple-doubles. Son équipe va en Playoffs chaque année, et Jason peut donc se confronter à la pression de l’après saison.

Il passe en terme de stats à un autre niveau. De 11,6 points à 16,9 points par match, et passe surtout à plus de 10 passes par match lors de son périple en Arizona. Même s’il ne joue que 50 matchs en 98-99, il tourne à 16,9 points, 10,8 passes décisives et 7 rebonds. Il est meneur All-Star et domine autant défensivement qu’offensivement le jeu NBA.

Il lui manque pourtant toujours un titre.

En 2001, Phoenix perd patience. Sa franchise ne va nulle part et il faut faire un coup. Kidd est transféré dans le New Jersey pour jouer avec les Nets. Chris Dudley le suit, et Stephon Marbury, Johnny Newman et Soumaila Samake font le chemin inverse.

Pour Phoenix, c’est donc un nouveau départ, qui les amènera vers Stoudemire et Joe Johnson en 2003. Pour les Nets, c’est un gros coup. En effet, ils passent en quelques jours d’une des plus mauvaises à une des meilleures équipes de la ligue. Ils finissent leur première saison à 52-30, et Jason Kidd, aux côtés de Kerry Kittles, Kenyon Martin, Richard Jefferson et Keith Van Horn, leur permet de devenir de vrai candidat au titre.

Une belle équipe des Nets, c’était rare. Suffisamment pour que Jason Kidd termine deuxième du vote pour le MVP, seulement derrière  un Tim Duncan logique vainqueur. Kidd joue les 82 matchs – pour la 2e fois en 8 saisons -, pour 15 points, 10 passes et 7.3 rebonds.

Les années dans le New Jersey seront sans conteste les plus accomplie de Jason Kidd. Il s’impose comme leader d’une équipe généreuse, avec une bonne adresse extérieure et une bonne présence intérieure.

Dès la 1e saison, en 2002, les Nets jouent les Finales! Mais le souvenir reste encore un peu difficile car les Finales sont expéditives. Les Lakrs de Shaq et Kobe prennent les 4 premiers et derniers matchs sans vraiment de difficulté. Cette finale ne restera d’ailleurs pas dans les mémoires, tant la confrontation paraissait déséquilibrée. Mais elle est prometteuse, car elle a permit aux Nets de prendre de l’expérience et de baser leur avenir sur une connaissance du jeu renouvelée.

L’année suivante, Kidd réalise sa meilleure saison. 18,7 points et 9 passes décisives par match (leader NBA). Et boum, revoilà les Nets en finale, cette fois-ci contre les Spurs de Tim Duncan. En 6 matchs, et après y avoir longtemps cru, c’est encore la désillusion. Mais la victoire finale des Spurs n’est pas un vol total, tant Parker, Ginobili et surtout Duncan ont dominé.

Pour Jason Kidd, les années se suivent et se ressemblent. Depuis Berkeley, il est au top individuellement, mais échoue toujours à récupérer des titres collectifs. Ses années à New Jersey n’y changeront rien. Même après l’arrivée de Vince Carter.

Pistons (2004), Miami (2005) – même si les Nets avaient Jefferson blessé, et Kidd à moitié en forme -, Miami (2006), à chaque fois les Nets tombaient sur plus complet qu’eux.

Lors des Playoffs 2007, Jason Kidd remporta encore une autre distinction individuelle, et inscrit son nom à coté de deux légendes : il fut en effet contre Toronto (4-2) le 3e joueur de l’histoire à enregistrer un triple-double en moyenne sur deux séries différentes, après Wilt Chamberlain et Magic Johnson : 14 points, 13,2 passes et 10 rebonds. Juste avant, ils étaient devenus avec Carter le deuxième duo à terminer un match avec un triple-double chacun, après Jordan-Pippen.

Tout semblait aller pour le mieux encore une fois. Mais LeBron James et Cleveland était trop fort pour les Nets, et remportaient le deuxième tour 4-2. Lors de ces Playoffs 2007, Kidd avait une moyenne de 14,6 points, 10,6 passes et 10,6 rebonds, étant ainsi le deuxième joueur avec un triple-double de moyenne en Playoffs derrière Larry Bird.

Il fut aussi le 3e joueur depuis 1989 à enchainer 3 triple-doubles consécutifs lors de la saison suivante. Un régal de jeu, tant il s’amusait sur les parquets. Pourtant, Jason Kidd est un monstre professionnel. À cette époque là, et lors de son transfert à Dallas fin 2008, il avouait boire 6L d’eau par jour pour favoriser la récupération. Avec un shoot sous-coté, une vision du jeu toujours aussi large, et un rôle de leader largement assumé à New Jersey, Kidd continuait sa carrière vers les sommets, sans jamais avoir atteint le but ultime.

Annoncé vers les Lakers, il part finalement à Dallas contre Devin Harris et quelques autres second couteaux (Van Horn, Diop, Hassel). Un retour aux sources.

Alors déjà joueur de Dallas, Kidd ne peut que jouer le All-Star Game avec… l’Est, car il était déjà élu dans le starting 5 de son ancienne conférence. Malgré un 51-31 prometteur, les Mavs finissaient en 2008 7e de leur conférence, et tombaient au premier tour contre les Hornets de Chris Paul. Défaite en 5 matchs, et désillusion pour Kidd et Nowitzki.

Personnellement, Jason Kidd apporte tout sa grâce à une équipe en manque cruel d’un meneur d’expérience et d’un leader extérieur. Les Mavs vont largement se satisfaire de Kidd car, même si son rendement parait en baisse, même si son jeu doit évoluer, il apporte toujours autant.

Ses trois premières années, il enregistre 10 points, 9,1 passes décisives et 6 rebonds par match, alors que fin 2010 il fête ses 36 ans, et 16 ans de carrière. Un parcours énorme, toujours pas auréolé d’une gloire collective. Cruel.

Pourtant, ils y ont toujours cru. Ce qui peut être dit pour Nowitzki peut bien sûr être répété pour Kidd. 17 ans après sa sélection à la draft, Jason Kidd devient champion NBA, en 2011. Son apport est gigantesque, plus de 11,000 passes décisives, 2e meilleur intercepteur devant Jordan (2515), un shooteur à 3-points hors pair et un leadership incontestable.

À l’été 2012, Kidd signe un contrat de 9 millions et 3 ans avec les Knicks de New York. Nul doute, il jouera bien jusqu’à 41 ans. Et il apportera. Les fans des Knicks ne s’inquiètent pas de son apport. Ils ont raison. Même si ses stats sont en chute libre, son leadership est toujours aussi important. Peu importe qu’il se fasse choper pour conduite en état d’ivresse finalement. Il pouvait battre sa femme quand il était à New Jersey, là c’était grave, mais personne ne disait rien.

À New York, on cherchait un meneur. On a trouvé un leader. Qui a tout gagné. Enfin.

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