Pourquoi rien ne sera jamais plus comme avant
Voilà, on a été laissés avec ce gout amer entre les dents, ce genre de gout qui ne part pas avant quelque temps. Lundi, on nous a servi une nouvelle qui a encore aujourd’hui du mal à passer.
Ce que les acteurs du conflit ont fait, c’est assez pitoyable. En 2 ans, aucune avancée n’a été constatée. Depuis la fin des Finales et le titre des Mavs, Derek Fisher et Billy Hunter sont montés au créneau, ont organisé maintes réunions et bon nombre de conférence de presse.
De leur côté, les propriétaires sont restés tapis dans l’ombre, se contentant d’envoyer aux joueurs des propositions invariables. Emmenés par le commissioner David Stern et son adjoint Adam Silver, les patrons ont joué leur rôle destructeur : « on ne bouge pas, c’est vous qui viendrez à nous ».
Paye ton succès.
Entre Twitter et Facebook, entre ESPN et Sports Illustrated, jusqu’à L’Équipe ou Slam Magazine, ces 4 mois ont tout changé. Et rien ne sera plus jamais comme avant. Et ce, pour plusieurs raisons :
1. La NBA s’est coupée de sa base :
Si certains avaient encore des illusions, les voilà revenus à la réalité. La NBA est un business comme un autre, et si les propriétaires ont toujours été businessmen, les joueurs font désormais partie de cette caste des « hommes d’affaires ». Alors pour les fans, voilà qui vient couper la magie qui a, un jour, été insufflée par la ligue nord-américaine. Le service marketing de la NBA pourra dire ce qu’il voudra, plus personne ne pourra croire à leur baratin.
Les revenus télé, les revenus tickets, les revenus « goodies », les ventes de maillot et les sommes engrangées, tout vient des fans. Après un magnifique épisode en juin, avec la bataille entre Dallas et Miami, voilà que les fans boudent la NBA et ses acteurs. David Stern en prend pour son grade, tout comme les joueurs ou les propriétaires. Après tout, ils n’ont que ce qu’ils méritent.
Mais ce fossé entre le fan lambda et le système NBA ne pourra jamais plus être comblé. Il est trop tard. Les simagrées de l’été ont dégouté quiconque souhaitait voir quelques matchs cette année. Grâce au lockout, personne ne sera plus dupe, et finalement, dans un monde où tout n’est que business, c’est une bonne nouvelle.
2. La NBA a hypothéquée son avenir :
Déjà, comme on l’a dit, 95% des fans tournent le dos désormais à la NBA. Certains retourneront au stade voir leur équipe, d’autre prendront quand même le league-pass, ou achèteront un maillot pour faire beau, mais l’attention a déjà commencé à se réduire. Et pour un business qui ne repose que sur ça, c’est un problème. Les annonceurs locaux, ou les chaines de télé et de radio, savent que la cote de popularité NBA est en berne, et qu’il vaut mieux investir ailleurs. Baseball, NCAA, équipes lycéennes locales… Les solutions ne manquent pas et la plupart des annonceurs peuvent se passer de la NBA, encore plus là ou elle ne rapporte pas, c’est-à-dire dans les petites franchises à petit succès : Charlotte, Minnesota, Cleveland.
Et pour que le système perdure, l’accord qui va être trouvé dans les prochains mois va devoir être un accord de long, voir très long terme, de sorte à éviter ce genre de déconvenue. Pourtant, si les acteurs chercheront à ne pas prendre de risque, ils seront malgré tout vulnérables, car ils ne pourront répondre rapidement si changement majeur il y a.
On sait aujourd’hui que l’avenir immédiat de la NBA est nul. Cette saison 11/12 va être probablement annulée, suite au démantèlement du syndicat des joueurs. Mais il reste à sauver les saisons suivantes. Si la Cour Suprême et la justice américaine prennent leur temps, le procès intenté à la NBA peut durer, ce qui serait bien évidemment une sale nouvelle.
Les divergences d’avis concernant le futur à long terme de la ligue sont flagrantes. Certains comptent sur les big markets pour tirer le système vers le haut, en éliminant certaines franchises du paysage basket aux US. Charlotte est en danger on le répète, mais ce n’est pas la seule. La franchise de la Nouvelle-Orléans, propriété de la NBA, peut facilement être rayée du tableau si cela est nécessaire. En face, il y a ceux qui défendent la thèse que l’avenir, ce sont les small markets et leur base irréprochable. Les comptes sont bons pour la plupart, ils font attention à leurs dépenses, et les fans sont là. Ou étaient là. Les deux exemples les plus marquants de ces petites franchises qui réussissent se trouvent à l’Ouest : Memphis et Oklahoma. Adversaires lors du 2e tour des Playoffs 2011, elles avaient alors ébloui l’Amérique en livrant une bataille exceptionnelle en 7 matchs. Mais le momentum est en train de disparaître. La belle image façonnée avec patience par les deux propriétaires et leurs équipes s’écroule. Et sans ces « gentilles » équipes, la NBA ne pourra pas survivre.
3. La prise de pouvoir des agents :
La porte qui a été ouverte en septembre aux agents de joueurs n’auraient jamais du l’être. Représentant leurs clients aux yeux du grand public, certains agents se sont crus tout permis. Et vas-y que je te fasse des déclarations assassines dans les médias, vas-y que je raconte n’importe quoi et à mes clients, et à mes patrons, et à leurs patrons. C’était ridiculement dramatique, c’est dire. Ce n’était plus une négociation linéaire, mais triangulaire. Les agents, poussés par l’appel du gain et des pourcentages sur le futur salaire de leurs clients, ont tenté des coups de poker, qui ont tous échoué.
Pour le futur, c’est un problème. On savait que les agences, et ce depuis les années 90, voyaient leur pouvoir grandir au fil des ans. Tout le monde l’acceptait, car il fallait bien quelqu’un pour gérer les revenus et les opportunités de ces multimillionnaires de joueurs. Seulement maintenant et pour l’avenir, et depuis mi-septembre, les agents peuvent s’immiscer dans des négociations et occuper un rôle irresponsable.
4. Les deux parties ont perdu toute confiance :
Si la bataille a été rude cet été dans les négociations entre joueurs et patrons, elle a surtout tué le peu de confiance et de respect qu’avaient les acteurs entre eux. Pour travailler dans de bonnes conditions, et ainsi obtenir de bons résultats marketing, les rapports peuvent être tendus, mais ils doivent être sains.
Euh.
Là, rien ne va plus. Les rapports sont tendus et tous les coups sont permis. Les deux partis crient à la trahison, à l’esclavagisme, au suicide ou à l’assassinat, ça dépend des versions. Et rien ne va s’arranger avec les plaintes déposées par les joueurs pour abus de position dominante. Réclamations ou augmentations, les négociations dans le futur seront délicates, et il faudra être en odeur de sainteté pour aller dans le bureau du patron (on ne se fait pas de souci pour Kevin Durant).
5. Les personnalités vont changer :
Et c’est la seule bonne nouvelle de notre démonstration. Avec la crise, les sentiments ont changés. L’individualisme, le profit et les paillettes
sont désormais les cibles des critiques. Au contraire, l’équipe, le travail et la modestie sont les valeurs à la mode. La solidarité aussi. Quel meilleur exemple que la prise de parti des fans lors des dernières Finales ? Je ne me trompe pas quand j’avance qu’une majorité des fans étaient derrière les Mavs ? Non. Nowitzki, Kidd et Terry sont – étaient ! – les dignes représentants de la loose. Mais en travaillant en équipe, en faisant confiance à l’autre, ils sont passés au travers de tous les pièges pour surprendre leur monde et taper le Heat en juin.
Les stars d’aujourd’hui, ce sont Kevin Durant, Blake Griffin, Dirk Nowitzki, Derrick Rose, Rajon Rondo, Chris Paul. Des travailleurs, des modestes, et des champions.
Alors vous me direz, Kobe et LeBron sont toujours en tête des personnalités les plus populaires de la NBA. Tout simplement parce qu’ils sont les têtes de gondole, et plus pour longtemps, du marketing NBA. Ils étaient ce qui faisait vendre, et ils ne le sont plus autant.
Les temps changent, les joueurs aussi.
Alors depuis juin et à travers l’été, les choses ont changé. En se théâtralisant de telle manière, tous les bonus acquis en juin ont disparu. Et ce pour un très long moment. Rien n’y fera, la NBA trainera longtemps le boulet de l’été 2011.





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Bballchannel Says:
Bel article.
Je me dis aussi que la NBA a déjà beaucoup perdu. Personnellement, je n'ai jamais regardé autant de matchs de ProA et d'Euroleague, et pour être honnête, je m'éclate. Mais c'est évidemment dû à la présence de NBAers, comme Batum, Kirilenko, Parker et j'en passe.
La NBA ne m'a pas perdu complètement, mais je suis passé du statut de fan extrême à celui de fan modéré. Et ça risque de durer…
Posted on novembre 17th, 2011 at 21 h 42 min
Radu_Bobcats Says:
Je trouve que tu as parfaitement résumé la situation !
Les matchs sont plus intéressants en Europe grâce aux NBAers… C'est bien pour l'Europe, mais je me demande l'impact que ça aura quand la saison NBA recommencera (Si elle recommence un jour…)
Posted on novembre 18th, 2011 at 2 h 31 min