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Sur le banc – Quelle place pour les big mens ?

Posted by Tamaash On octobre - 18 - 2012

Bob Thornton ne bougeaient pas, même si Marc Gasol (2m16, 120kg) est plutôt bon pour bousculer son monde. Mais chaque fois que Gasol pousse Bob au poste bas, Bob répond avec son torse en offrant le plus de résistance possible au pivot des Grizzlies. Et c’est comme ça, à chaque fois. Pendant des heures, les deux malabars se rendent coup pour coup. On aurait dit deux cerfs en train de se mettre des coups de cornes. Et après, Marc, rebelote, mais avec Zach Randolph cette fois-ci.

Tout le monde est rentré au vestiaire. Mais Thornton, 2 fois l’âge de Marc, respire rapidement, et tente de reprendre son souffle. Il transpire, sûrement plus que les deux intérieurs de Memphis réunis. Mais son travail à lui n’est pas terminé. Bob Thornton est assistant coach, et avec ses 2m08 et 102kg, il est en charge de l’équipe de big men de Memphis. Ancien joueur professionnel, Bob a fréquenté la NBA pendant 8 saisons, avec 5 équipes différentes. Le coach sait donc de quoi il parle, et les joueurs le savent.

« Ça les aide beaucoup » répond Thornton. « Il y a des petites choses où vous pouvez prendre l’avantage. Défensivement, offensivement. ‘Si un joueur défend comme ça, regarde ça. En faisant ça, il te sous-estime, et ne prête pas attention à cet aspect. Et on peut faire ça…’ »

« L’année dernière, en playoffs, Zach était dans une mauvaise passe. Il se faisait beaucoup secouer. On lui a montré quelques clips vidéos, et on lui a dit : ‘tu dois driver plus, tu dois attaquer plus l’arceau’. Et ça a marché. Il a été plus souvent sur la ligne. »

En regardant la NBA, ce type de coaching n’est pas si anodin. On voit souvent, lors d’échauffement ou à l’entraînement, d’anciens big mens travailler avec les actuels, partageant astuces, vices et mooves. Plusieurs assistants coachs sont reconnus comme étant d’anciens pivots ou ailier-forts ayant joués dans la ligue – Bob McAdoo, Popeye Jones, Herb Williams pour ne citer qu’eux.

Maintenant, regardons à nouveau : combien de coachs sont des big guys ? Sur les 20 coachs actuels ayant joués dans la ligue, seulement un – Kevin McHale, coach des Houston Rockets – était un intérieur classique (et un Hall of Famer, qui plus est). Récemment, ou presque, Bill Cartwright, Kurt Rambis et quelques autres ont décroché le jackpot. Mais la liste est courte.

Si on zoom un peu, sur le titre de Coach of The Year notamment (ne manquez pas notre preview !), qui a été créé il y a de ça 50 ans, on remarque que la tendance s’accentue. Si on excepte Phil Jackson, titré en 1995-1996 et ailier fort des New-York Knicks, il faut remonter en 1966-1967, avec Johnny Kerr, Dolph Schayes (1965-1966) et Alex Hannum (1964-1965) pour trouver trace de « grands ».

Généralement, les équipes NBA paraissent plus ouvertes avec des coachs de petite taille que l’inverse.

Nazr Mohammed a joué pour 8 clubs en 15 saisons NBA, et a passé des entraînements avec de coachs de taille différente. « Certaines équipes ont utilisé des big guys, mais vous avez aussi un coach, comme Larry Brown, qui était très proche de ses big mens. Popovich est aussi un peu comme ça. Don Newman [assistant coach aux Spurs) fait énormément de boulot avec les grands, mais Pop est très présent aussi. »

« A Charlotte, c’était LaSalle Thompson, c’était Charles Oakley une année. J’ai eu des mecs différents. Tout dépend de la philosophie du coach. »

« Savoir de qui provient, d’un coach d’un mètre quatre-vingt ou de deux dix, ne devrait pas avoir d’importance. Mais il existe ce truc qui lie les big guys entre eux. »

« C’est simplement parce que vous pouvez comprendre ce qu’ils disent » répond Thornton.  « Le ressenti, la vision, la physique. Des choses que seuls les big mens peuvent connaître. Parfois, il m’arrive d’aller parler aux arrières, mais je commence souvent mes phrases par ‘ Je n’ai jamais joué à ce poste, mais c’est ce que je vois…’ ».

Marc Gasol admet que ça l’aide beaucoup. Il peut regarder les yeux dans les yeux la personne avec qui il travaille. « Les grands savent qu’il y a différentes choses à regarder, des choses que les arrières ne peuvent pas voir. Avoir un coach qui comprend ça, ça aide, surtout avec les jeunes. Les transitions se font plus en douceur. »

Pendant des années, les intérieurs devaient développer leur jeu, leurs mooves pendant l’été, au fameux Pete Newell’s Camp, spécialisé pour les intérieurs. Quelques anciennes gloires –Olajuwon, Abdul-Jabbar, Walton- sont demandés par les joueurs et sont employés comme tuteurs de luxe (The Dream a été beaucoup demandé récemment).

Pourtant, vous ne voyez toujours pas ces grands malabars comme coachs. Abul-Jabbar a été frustré par le manque d’opportunités. Les entretiens de Patrick Ewing à Charlotte et Portland n’ont rien donné.

« C’est difficile de dire à quelqu’un de ton staff, qui, juste parce qu’il est grand, ne doit s’occuper que des grands. C’est dur. Les choses doivent changer » argue Scott Skiles, coach des Milwaukee Bucks, ancien meneur de jeu NBA. « Si vous pouvez coacher, vous coacher. Je n’aime pas cette tendance ‘tu bosses avec les grands, nous on s’occupe des autres’. »

« Quand on travaille individuellement, Joe Wolf bossent avec les grands. Mais s’il a quelque chose à dire à Brandon par exemple, il lui dit. C’est un coach de l’équipe. Point. »*

Les gens citent fréquemment les vieux meneurs comme des coachs sur le terrain, d’où leur « facilité » pour décrocher un job. De plus, et ça, c’est mathématique, la proportion de petits joueurs est plus grande que celle des grands. Logique implacable.

« Clairement, de notre point de vue, c’est beaucoup plus difficile pour un big man de devenir coach » répond le pivot des Bulls Nazr Mohammed.  « La perception que les gens ont, c’est : ‘le grand con ‘. Je ne dis pas que c’est toujours ça. C’est simplement un ressenti que j’ai. ‘Le grand con, comment il compte coacher ?’ Mais on a d’excellents grands coachs. Dave Cowens, Paul Silas, Phil Jackson ! ».

« Certains ont réussis. Mais c’est vraiment plus difficile. Parce qu’ils pensent que tu peux coacher seulement les grands. Tu dois prouver que tu peux coacher tous les joueurs, du poste 1 au poste 5. Tu dois prouver que tu as des schémas défensifs, et que tu sais ce que doivent faire les arrières. » Répond Thornton.

Il l’avoue lui-même, après avoir été scout, assistant et coach de D-League pendant des années : « Beaucoup d’arrières de métier ont du boulot. Ce qui est bien, vraiment. Mais nous avons une perspective différente, un point de vue différent. On voit le terrain d’une autre manière, de derrière. Les arrières le voient de face. C’est un point de vue différent. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas coacher des arrières. »

« C’est comme si on était des catchers. On voit le terrain en entier, on voit les choses se mettre en place. C’est une simple question de communication. »

 

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